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Témoignages

 

*Les prénoms sont fictifs pour respecter l’anonymat

Nora*, avec de fines lèvres et une voix douce, est informaticienne.

"Avant d’arriver au groupe de parole – je m’en souviens, c’était le 5 juin 1985 – je ne savais pas que j’étais alcoolique ! J’avais rencontré un médecin, une femme formidable. Elle m’avait dit : « Je connais quelque chose qui sera très bien pour vous, vous y rencontrerez des femmes ». Elle m’avait donné un numéro de téléphone. Au bout du fil, un ami. J’étais allée à une réunion sans y croire. Je pensais trouver des femmes, genre Weight Watchers, pour maigrir… C’est en écoutant les témoignages d’alcooliques rétablis que je me suis reconnue… comme alcoolique ! En fait, un soulagement. Je savais enfin qui j’étais… je finissais les fonds de bouteille, le vin blanc, les apéritifs… le lendemain, quand il n’y avait personne. Je picolais… tous les soirs, en faisant la cuisine. Hop ! Cela passait, on mettait cela sur le compte de ma déprime. Puis j’ai trouvé que mon comportement n’était pas normal… Avant ma rencontre avec les groupes, je ne me souviens pas bien des évènements, des dates. Je buvais jusqu’à être somnolente... L’alcool pour dormir, avec des cachets aussi. C’est du passé ! Je trouve que l’alcool est une drogue en vente libre. Il est si facile de s’en procurer… aussi paradoxal que cela puisse paraître… et malheureusement, l’alcool ou la drogue sont des chemins (de croix) vers la spiritualité… Mais il y a beaucoup de déchets. Quand on en réchappe, on trouve un nouveau sens à la vie. Moi, j’étais agressive, je conduisais très vite, j’en avais après les cyclistes… Pourquoi ? Je n’en sais rien ! Et après les caissières de supermarchés. Une obsession ! Tout était prétexte pour les engueuler ! Aujourd’hui, je leur offre des bonbons quand j’ai acheté un paquet ! Après l’alcool, j’ai boulotté du chocolat, quelques temps. J’ai rechuté à Noël 1985. Il y avait eu trop d’alcool en famille, ce fut ma dernière cuite. Depuis, je n’ai pas bu. Tout ce que je peux dire… c’est qu’aujourd’hui, je n’ai pas bu. Dans le groupe, on parle toujours pour  aujourd’hui. Demain est un autre jour ".

 

Gérald*, débonnaire, franc et rieur est cuisinier.

"Je suis né dans une famille où personne ne buvait. Comme quoi, l'alcoolisme n'est pas forcément une affaire d'hérédité comme on veut bien le croire… il doit y avoir une prédisposition naturelle à la naissance. C'est mon point de vue. Mon père était militaire, nous l'avons suivi partout où l'armée l'envoyait, l'Indochine, l'Afrique. Nous sommes rentrés en France, j'avais six ou sept ans. Un jour, lors d'un repas, un papé m'a fait goûter une larme de gnôle. « Vas-y, ça fait du bien ! ». Cela m'a plu. Par la suite, je m'arrangeais toujours lors de repas pour m'asseoir à côté d'un Ancien. J'avais droit à un verre. Les années passèrent…, l'école hôtelière, le service militaire. C'est là que j'ai pris ma première cuite. Pas la peine de raconter. Je devins chef de cuisine avec des responsabilités, du personnel sous mes ordres, je buvais pas mal, toujours de bons coups, les apéros : j'étais toujours partant. J'étais timide et l'alcool m'euphorisait, je pouvais alors aborder les gens, parler aux autres. Pour les femmes, pareil. Il fallait que j’aie bu. J'ai cinquante-deux ans, c’est vers 1970 que je pense être devenu dépendant. La dépendance... c'est quand tu as besoin, le matin au réveil, d'un verre pour fonctionner… sinon tu ne peux pas démarrer. L'alcool m'a fait faire des conneries... trouver des combines pour boire, avant le boulot, pendant. Deux divorces, trois mariages. J'ai perdu ma place à cause de l'alcool, ma santé partait en lambeaux... C'est maintenant que je sais que l'alcool était en cause. Un médecin me conseilla alors d'aller voir un groupe d'anciens buveurs. Il déconnait le mec ou quoi ! Sitôt entendu, sitôt oublié. Avant, lorsqu'on me disait que je buvais, je répondais que non ! Je suis tombé malade, j'avais perdu vingt-deux kilos. L'hôpital, la clinique, des cures, rien n'y faisait. J'ai ouvert un restaurant et vite la bouteille... Blanc, rosé, rouge, whisky. Toujours bourré ! J'ai même failli tuer ma femme… et le temps passa. Un soir, vers cinq heures, je m'en souviens, je me suis assis contre le mur, je pleurais, j'étais parti... j'ai appelé la Préfecture, comment j'ai fait ? J'en sais rien. Quelqu'un a répondu. Je lui ai demandé s'il ne connaissait pas un groupe d'anciens buveurs. Il connaissait car il me dit qu'il y en avait un près de là et il m'a donné un numéro de téléphone. Ils devraient y avoir des numéros de téléphone des groupes d'anciens buveurs chez les spécialistes de l'urgence... chez les pompiers, aux Samu, dans les commissariats, au cas où... Les Alcooliques étaient rue des Arts, à l'époque. J'y suis arrivé imbibé, à vingt heures. Et puis… Excusez-moi, je suis émotif. C'est l'émotion. Et puis, là... j’ai commencé à écouter, à suivre leur exemple. Je me suis tempéré, plus de colères. J'ai vraiment eu envie de vivre et je suis heureux ! ".